Odysseas Yiannikouris - Alessandra Monarcha

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Deux paysages pionniers de méditerranée informent la question de notre résilience.

 

L’un donne une vision inédite de la plastique des territoires de l’énergie. Leurs machines sont géantes et paisibles, nouveaux soleils, nombreuses voiles apparaissent aux horizons.

Le second montre l’état particulier d’une vernacularité capable de tout accepter. Dans les centuriations, l’architecture ne se spécifie plus, villas, usines et champs tout existe à l’échelle d’une centuria.

 

De ces deux territoires débute ce projet.

Projet pictural et narratif qui, en accumulant les représentations donnera la description d’une nouvelle vernaculaité technologique.

Une recherche concentrée sur la plastique du paysage pour faire la narration de l’émergence des nouveaux territoires de l’énergie. Et donner à ce sujet un souffle heureux et léger.

 

PAYSAGE D'ÉNERGIE

 

Nous avions traversé le nord de l’Espagne d’est en ouest. De Bilbao à la campagne de Léone et plus loin, la mine d’or antique de Las Medulas.

Les falaises lisses, et abruptes d’alluvions, les arches et pics d’agrégats rocheux semblent être des particularités géologiques. Ils ne le sont pas, la plastique de ce paysage est artificielle, aucun agencement de pierre mais une stratégie incroyable, Ruina Montium. Un réseau de réservoirs et de canaux sont construits pour accélérer l’eau et user la montagne de l’intérieur. Les collines, gonflées, s’écroulent sous leur poids. Lorsque l’or fut épuisé, les mineurs plantèrent des châtaigniers et s’installèrent, paysans. Aujourd’hui, paysage d’une ancienne industrie incroyable, les arbres centenaires descendants de l’age des mineurs paysans jonchent un sol rouge et les touristes de tous horizons déambulent sous les voûtes de terre.

Puis le Portugal de part en part. Braga, Porto, Cascais, Lisbonne, nouvelle halte minière, moderne cette fois. L’exploitation de marbres de la région d’Evora est un trou vertigineux au pied de la ville de Vila Viçosa. Les maisons médiévales des artisans ont toutes un seuil de marbre blanc.

Enfin, l’Andalousie. Le paysage de la super-production agricole se peuple des nouveaux objets de l’énergie. Pas d’oliviers au pied des champs d’éolienne, l’énergie est une culture à part entière. Et quelques fois, apparaissent à l’horizon, les seconds soleils des tours des centrales à concentration.

 

Au balcon de Marghera; le front industriel de Venise est machine énorme et clôturée. Quelque fois, Marghera lâche une fumée, et la ville de Mestre doit fermer ses fenêtres. Industrie lourde.

Quelques jours plutôt, au workshop de l’IUAV, l’atelier Jan de Vylder proposait une vision. Documentation des substances architecturales et objets de Marghera, recherche plastique sur les objets de l’industrie. Cheminées, amarres de Porto Marghera, voûtes des Cantiere, escaliers, ponts, et tout un raffinement... Cette vision interrogeaient très directement le rapport de l’esthétique de ce lieu, sans humains à celui de Venise, beaucoup d’humains. Sans échelle ni mesure, cette documentation a montré une efficacité spectaculaire à rapprocher ces objets de notre réel, et ouvre à des possibilités imaginaires de cohabitation.

 

Nous traversons le Graticolato Romano, héritage contemporain hyper-actif de la centuriation romaine. Les trente quatre kilomètres de routes entre Ponte de la Liberta et l’enceinte fortifiée de Noale se font par angles droits successifs. Un paysage plein avec un rapport incertain aux trajectoires, aux distances, aux objets. Stationnement résidentiel, (deux par six mètres), devient emplacement logistique, (trois par douze mètres). La villa en étage devient une petite industrie, le portail aux supports maçonnés est aussi haut mais plus large. C’est un monde de substances d’architecture qui ne sont pas passées au travers du filtre de la mesure. Et ainsi se forme un paysage habité, agricole et productif, intégré, hybride, bons voisins, déroutant.

 

Ces deux paysages pionniers de méditerranée informent profondément la question actuelle de notre résilience.

Le premier donne une vision plastique des nouveaux territoires de l’énergie. Des nouveaux soleils et de nombreuses voiles apparaissent aux horizons.

 

Le second montre l’état particulier d’un vernaculaire contemporain. L’architecture ne se spécifie pas, ne se cartographie pas dans une centuriation. Villas, logements, usines et champs, tout a l’échelle d’une centuria.

De ces deux positions part ce projet de recherche.

Décrire la plastique du paysage de l’énergie que nous seront de plus en plus amenés à habiter, décrire l’état particulier des centuriations, et la constance de leur habitabilité; et entre ces deux réalités de résiliences, faire le récit de l’émergence d’une nouvelle vernacularité technologique.

 

Ingénieurs - Paysans.

 

 

 

ETAT DES LIEUX

Aires urbaines et énergie, et note sur une méthode.

 

Ne faisons pas l’histoire de nos villes ni celle de l’énergie, constatons simplement ce changement observable partout et par quiconque, communiqué, expliqué et débattu: le territoire européen est aujourd’hui à la recherche de nouveaux lieux : plus de lieux d’énergie, plus de lieux d’agriculture, plus de lieux de production, exploiter plus de ressources et profiter de plus de diversités. Aux problématiques du durable et aux désirs qui lui sont associés, décentraliser est devenue une réponse autant qu’une attente populaire. Les territoires «invisibles» de la production et de l’énergie se trouvent aujourd’hui sous la loupe de chacun, et doivent répondre à la question inattendue de leur esthétisme. Juste retour des choses. Ce que certains décrivaient comme hyperville, plaque métropolitaine ou aire métropolitaine étendue, le fait qu’une ville ne se réduise plus à la continuité de son bâti mais qu’elle doive prendre en compte les déplacements qui la traversent et qui font son territoire réel et vécu... bien aujourd’hui, cela prend soudainement une valeur plastique inattendue. Et alors que l’architecte se débat encore avec un centre et une périphérie, ou sur la place qu’il peut prétendre dans la planification de ces derniers, une certaine technique, elle, organise une nouvelle ruralité, son paysage et sa société.

 

 

 

LA VILLE ET LA TECHNIQUE

Progrès, Prophéties socialistes, et Nouvelles technologies.

 

Un mot tout de même sur nos villes, pour souligner les difficultés structurelles que nous aurions à nous accommoder de la mutation énergétique attendue.

Un mot donc : progrès. L’époque moderne en a été le point d’orgue. Le progrès, maître-mot depuis trois siècles, devait devenir social et commun, un attribut de civilisation. L’industrie en a fait sa définition théorique existentielle – Ford.

Et ainsi, pourquoi pas, redessiner les villes comme des régions et, pourquoi pas, diffuser également la technologie sur le territoire, le marquer dans son entièreté. Un certain modernisme s’y est essayé. Plan voisin, fermes radieuses, cités et villes linéaires, ont été des voies parmi une immensité divergentes d’ambitions à dessiner l’avenir, dont NewYork ou Raymond Hood étaient parmi les contre-points.

 

Arturo Soria y Mata à la fin du XIXe siècle, technicien des chemins de fer et du télégraphe, dessine pour la première fois la ville avec un trait épais – la Cité Linéaire. Dans l’esprit de cet ingénieur, la communication est le lieu de l’urbanité. Lieux d’habitation, lieux de production et énergie coexistent naturellement sur un territoire linéaire. La campagne devient urbaine, la ville campagne, parce qu’elles sont toutes deux traversés par ce fil technologique, parce que elles sont indissociables dans l’épanouissement de l’établissement humain. Dans cette première esquisse d’une démocratie des territoires, la communication, sa nouvelle efficacité, sa promptitude à la diffusion sans limite, devait donner à la ville les moyens de sa décongestion et de sa dé-spéculation. Le schéma d’Artuto Soria ne rendait pas encore la ville obsolète, mais il la situait comme un point particulier d’une matrice régionale d’états d’habiter

 

Dans les récits de Nikolaï Milioutine, commissaire chargé des finances soviétiques, la ville linéaire est le vecteur de l’achèvement du projet socialiste. La réorganisation qu’elle implique équilibrerait les territoires. La lutte socialiste contre l’aliénation devient une figure théorique de l’établissement humain. N’existera plus un paysan ou un territoire aliéné à une chose qui lui serait distant. Dans la modernité socialiste, la ville se termine. Abandonnée pour sa tendance à produire l’inégalité, parce qu’elle serait trop étroite, ou simplement abandonnée parce que la définition qu’on lui donne ne permet pas de décrire la réalité d’un territoire économique et d’une société qui dépasse son échelle. Fin des villes, début du récit d’un territoire politique.

Pour le meilleur ou pour le pire ces projets avortent après avoir été expérimentés sur de courts segments. Ironiquement, le premier se heurte au coût des réseaux d’eaux qu’il nécessiterait, le second à la vision politique du régime. Mais, à ces quelques moments de l’histoire de la modernité, le progrès interrogeait la maitrise de la grande échelle parce que les enjeux étaient là. Artuto Soria prolongeait la quête des identités populaires et endémiques d’un royaume d’Espagne brusquement amputé de ses colonies, Milioutine était l’architecte d’un Etat formé par la révolte ouvrière. L’enjeu d’équilibre d’un territoire politique étendu et naissant devait réécrire l’histoire de la société et tuer la ville obsolète.

Parce qu’il permet de franchir la distance et efface la causalité de la proximité, le progrès offrait les moyens d’ouvrir et de distribuer le territoire de manière plus égale. Surtout il deviendrait une lumière projetée sur les ombres des territoires invisibles, culturellement sous-estimés et révoltés de la production. Plus tard, le long des fils infinis de la grille de Jefferson, ceux qui devaient faire de l’Amérique une nation de « yeomans paysans », d’un territoire hors de la vue, Steinbeck nous fera entendre un grondements silencieux.

 

De l’autre coté du formalisme moderne, le discours portait sur l’objet ville et sur l’imaginaire technique qui lui était associé, qu’il s’agisse de construire plus haut, d’influencer le climat, de superposer des usages, de remplacer la lumière naturelle ou de vivre dans une prairie raisonnée. Le modernisme a tout défendu et a produit un nombre incroyable de représentations de ce qui sera émerveillement.

 

Passons le fait d’histoire pour donner une vision rétrospective de ce qui est. Si ces deux images du modernisme ont coexisté, comment expliquer le culte monopolistique contemporain pour la ville, objet unique d’étude. Et invoquer l’apparition du concept « métropole » ne permet pas d’être moins radical dans cette analyse car existent encore les récits de l’opposition entre villes, campagnes et nature. Doit-on y voir une constante culturelle, un choix idéologique net, ou la victoire populaire d’une iconographie sur une autre ? Il s’agit là très clairement de notre héritage structurel, un héritage qu’il est difficile de contrarier. La géométrie de nos modes de vie et de nos désirs semble être figée dans une figure minimale. Un centre lié en pointillé aux lieux lointains et invisibles de la production et de l’énergie – grondent-ils ?

 

 

 

LA NATURE SELON ARUP

Histoire de notre rapport à l’énergie.

 

Dans nos territoires, les lieux de production, si ils ne sont pas simples matières quantitatives, deviennent exotiques et fantasmés, une série d’images de Bernd et Hilla Becher, des fictions automatisées. Mais chacun de ces lieux lointains répond à ses propres règles d’interaction avec la nature. La nature reste seule ressource, seule à produire eau, air et matière. Et le fait de dissiper ces lieux de production à notre vue ne change rien à cette dépendance. Mais jusqu’à maintenant cette considération était laissée à la discrétion des techniciens qui légifèrent seuls sur les règles du jeux de la production. Et jusqu’à là, la tension de dépendance entre technique et nature devait se voir univoquement réduite et minimisée. La technique, celle de l’idéologie du progrès, prescrit qu’il est tout simplement intolérable de subir cette dépendance car elle contredit l’horizon de l’Homme. Et dans le parcours de la modernité, la lutte devait prédominer sur la coopération. Adapter l’offre aux dispositions naturelles privilégiées d’un territoire, c’est à dire coopérer avec un fait naturel pour organiser une production, n’est pas contraire aux principes de performance. Les technologies d’irrigation de la vallée du Nil ont réussi à transformer l’Égypte antique en jardin. La coopération contredit simplement l’idéologie, celle qui cherche à nous extraire de la Nature.

 

Dans son rapport « Innovating Urban Energy» réalisé pour le World Energy Council, le bureaux d’ingénieur Arup élabore la nouvelle géométrie de nos rapports à l’énergie et à la production, qui s’oppose en tout au schéma moderne. Face à face donc deux représentations, là où nous en sommes, et ce vers quoi nous devons nous diriger.

D’un côté deux objets simples ; la ville au centre et une production, distante. De l’autre, de nouveaux objets. L’énergie devient une constellation de points contextualisés et différenciés, la Nature est ressource et résultat, l’espace urbain devient une étape d’un mécanisme de grande échelle.

 

C’est aussi le caractère des liaisons entre objets qui se change. D’un côté, la demi-droite moderne, celle qui possède un centre mais aucune fin, de l’autre une matrice de segments qui prennent de nouveaux attributs de distance et d’échelles, les courbes donnent la valeur du temps et les boucles, de cycle. Un système intriqué qui fait le constat de notre dépendance à toute forme de ressource, et qui insiste sur la nécessité de la restituer.

 

Parce que l’enjeu est de trouver notre résilience, nous ne pouvons pas ignorer les implications de telles évolutions. Le schéma moderne est simple, un seul attribut de liaison, une seule figure de production y existent. Le schéma contemporain parle de contexte parce qu’il propose la même optimisation du fait naturel dont nous nous sommes longtemps détournée. Lire entre les lignes de cette nouvelle géométrie implique de repenser le territoire. En peuplant d’objets de contexte ou d’objets dans un contexte le tableau de notre subsistance, l’ingénieur peint un territoire qui devient visible et partagé et dans lequel l’Homme acquiert une nouvelle puissance d’ubiquité. A l’instar des dessins infinies de Milioutine, les territoires régionaux s’ouvrent à la vue. A l’instar des dessins d’Arturo Soria, la ville dense devient une parmi d’autres particularités.

 

Nouvelles technologies et approches stratégiques des territoires de l’énergie ouvrent aujourd’hui un champ d’étude qui ne nous est pas familier. Les changements que nous constatons ici et là semblent très superficiels, un peu anecdotiques, mas c’est bien une transformation profonde qui nous est prédite car elle interroge notre perception du territoire et les objets même de nos études. Ce n’est pas simplement une série de nouveaux objets et de nouvelles règles qui nous est donnés d’étudier, nous devons ouvrir un champ à proprement parler, capable de documenter ce nouvel état et de lui donner une épaisseur plus profonde et plus phénoménologique – paysage de l’énergie.

 

 

 

MÉDITERRANÉE

Grands récits technologiques.

 

Au premier pied posé sur la Lune, l’homme n’a eu qu’une idée : partir, abandonner le navire. Ce dernier grand élan moderne, le seul capable de régler la situation tout en restant conforme à l’idéologie du progrès ne sera pas le prochain chapitre de l’histoire des hommes. Ce livre là, s’arrête là, et n’en doutons pas, nous abordons aujourd’hui un tournant civilisationnel. Le grand récit de l’énergie a déjà commencé et son introduction est la prédiction d’un cataclysme. Cette introduction est étayée, elle est aussi bien documentaire (la description du fait climatique), que politique ou phénoménologique.

Le futur nous verra-t-il comme le peuple des suffocants ? Les éoliennes que nous connaissons depuis trois décennies seront-elles perçues comme une grande rupture ?

 

Un futur Homère dira-t-il :

 

Ainsi, les hommes innombrables, nourries par la terre, ayant profité de tous les cadeaux qui leur ont été fait, firent une offrande de grandes voiles d’airain au dieu qui souffle sur les crêtes et dans les plaines, pour l’apaiser dans son âme, mais ce dernier, irrité de ne recevoir que le plus pâle métal, s’arma de foudres et de tempête et les frappa tous, uns à uns ?

 

Rupture.

 

 

L’introduction est écrite et pour continuer le récit, nous élaborons aujourd’hui un alphabet, et quelques règles de sa grammaire. Nous connaissons la forme et la couleur d’une central de production éolien, nous avons un pressentiment sur sa manière de s’implanter, nous savons qu’elle est un objet de débat public local. La technologie balbutie ici les premiers mots de ce qui sera, espérons le, un grand récit de résilience.

Mais peut-on voir plus loin déjà ? Peut-on, spécialistes de l’espace, fixer certaines règles nous aussi ? Paysage.

Le bassin méditerranéen est le lieu de la fabrication des premières phrases du livre que nous écrivons aujourd’hui, et pour plusieurs raisons : Parce qu’il en a écrit les premier vers il y a longtemps – aqueduc. Parce qu’il a, le premier, dessiné et régit sa campagne – centuriation. Parce qu’il est aujourd’hui un lieu prolifique de la fabrication des nouveaux signes de ce récit – paysage énergétique.

Les récits antiques de la technologie sont innombrables. L’irrigation de la vallée du Nil en est un, et certainement majeur. Une utilisation coordonnée de la technologie sur un territoire, en finir avec l’aridité et profiter des crues. Il est l’exemple archaïque et non théorisé de notre actualité, d’autant plus fort qu’il a été plastique et habité.

Par la suite, si Babylone, Rhodes ou Athènes abritaient les merveilles de leurs civilisations, c’est Rome qui a le premier étudié et abouti la définition de la notion de paysage. Militaire, agricole, symbolique, politique, le mot a accepté toutes les déclinaisons, et surtout celle d’être capable d’accompagner une narration politique. Alors qu’Archimède avait déjà édicté la loi de la poussée des corps, l’empire annonce son arrivé, la direction de son centre, l’horizon de son devenir  par un acte de paysage et de génie civil combiné, un acte plastique élevé à l’échelle d’une région. L’aqueduc prend acte du territoire, le premier récit de la technologie dans son paysage a été civilisationnelle. Un récit fondateur.

 

L’affiliation est lointaine mais les rapports entre territoires, énergies et objets sont là et questionnent notre manière actuelle de les penser. Il suffit d’y réfléchir phénoménologiquement. Si le paysage créé alors par cette infrastructure devait semer la terreur (à dessein) chez certains peuples barbares, il apportait pour d’autre le signe d’un meilleur. L’aqueduc en soit n’est pas un sujet ici, mais il est manifeste de l’esprit du territoire antique. Et parce qu’il précède la centuriation et l’Agre il nous permet d’imaginer le paradoxe heureux d’une campagne technologique qui doit succéder aux ombres.

Que penser du paysage de nos centrales actuelles ?

Espace conquit puis civilisé, espace virtuellement abandonné.

 

Et puis il y a la condition énergétique de la méditerranée occidentale. Le paysage énergétique prend forme.

Il est infrastructurel, démesurée quelques fois. Les grands centres de production photovoltaïques remplacent les hectares de culture hyper-intensives de l’Andalousie. Un survol de ce territoire qui concentre sa population dans quelques grandes villes fait défilé tous ces territoires « d’ombres », méconnus, et quelque peu révoltants. La marrée de serre qui encercle El Ejido, rend cette ville de quatre-vingt milles habitants, visible depuis l’espace. L’Andalousie pauvre, une urbanisation essentiellement concentrée autour de ses grands centres est un cas à part. Le lieu déraisonné de l’agriculture européenne de masse qui, opérant d’une forme d’optimisation naturelle, se transforme en centrale régionale.

D’une certaine manière, l’énergie est prise là, comme une déclinaison de l’activité agricole, même échelle, même plastique du paysage. Mais se pose quand même très directement la question de la société qui y est. Entre ingénieurs, automates, agriculteurs et clandestins, quel est leur accès au monde, à la culture, quel est leur capacité d’architecture, leur identité, quel est leur vernaculaire. On ne peut guerre s’en faire une idée, on présume que cela doit se trouver entre la haute technologie d’un concentrateur solaire et la rusticité de la structure tube et bâches polyéthylène qui couvrent le territoire. Encore une fois, l’Andalousie de l’énergie est un cas particulier, mais reste une condition méditerranéenne majeure de ce thème, exemple in-reproductible mais riche de formes matérielles.

 

 

 

ROME

 

Gouvernances, subventions, stratégies et performances... le débat et les controverses que suscitent se paysage se concentre pour l’instant sur sa légitimité. Et aujourd’hui, ces discussions sont encore loin d’être abouties. Mais parce que nous construisons déjà ce paysage, nous avons aussi besoin de l’approcher par sa valeur spatiale et culturelle.

Existe dans la campagne sud de Rome, dans la Latina, le même type de rapport. Parcelles de culture transformées en centrales solaires, beaucoup plus ponctuelles, beaucoup plus petites. L’énergie suit l’agriculture, culture comme une autre, les sillons bleus est-ouest remplacent les aplats verts. Et là se pose encore plus fortement la question. Dans l’héritage des centuriations romaines, dans la campagne organisée qui s’étire entre Naples et Rome, celle qui échappe au spectre du concept « métropole », des agriculteurs-ingénieurs inventent un paysage bio-high-tech. Rome et autour de Rome sont des territoires de cette archéologie de l’échelle, plongée dans le climat du sud de la méditerranée. Un territoire plus épais, plus chaud, plus sec, hors de la métropole du nord de l’Italie, la recherche commence ici.

 

Quelle habitabilité et quelles cohabitations existent sur ce territoire ? Comment se superposent vernaculaire et high-tech ? Quelle est la couleur d’un champ solaire au couché du soleil ? Son ingénieur-paysans a-t-il des mains fines, prend-t-il son café en les regardant ? Changent-ils le climat de la rue, projettent-ils des reflets, abritent-ils certaines cultures particulières ?

 

Ces deux perspectives complémentaires forment le sujet : Plastique de l’énergie et récit de centurie.

Et à leur croisement, le récit de l’émergence d’une nouvelle condition de vernaculaire technologique, et donner ainsi à ce sujet un souffle heureux et léger.